De gauche ou de droite?

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20-juillet-2009 · 13 commentaires  

Bonjour,

En tant que député du Parti conservateur, je suis souvent étiqueté comme un politicien de droite. Selon les catégories idéologiques conventionnelles, c’est ce qui distinguerait les conservateurs des libéraux, qui eux seraient plutôt centristes, et des néo-démocrates ou des bloquistes, qui eux seraient à gauche de l’échiquier politique.

Je n’ai jamais aimé ce genre de distinction, qui selon moi ne veut pas dire grand-chose de bien précis.

Les gauchistes sont supposés être en faveur du progrès et de l’égalité. Et pourtant, dans les régimes communistes par exemple, les membres du parti avaient toutes sortes de privilèges que n’avait pas le peuple. À travers le monde, les gouvernements socialistes adoptent souvent des lois très rétrogrades contre la liberté d’entreprise qui bloquent tout progrès économique. Dites-moi, qu’est-ce qu’il y a donc de si progressiste à empêcher les gens de produire et de commercer pacifiquement pour répondre à leurs besoins?!

Les gens de droite quant à eux sont supposés être en faveur de la tradition et de la liberté. Mais certains conservateurs moraux cherchent à imposer leurs valeurs par les moyens coercitifs de l’État, ce qui brime la liberté des gens.

Et un gouvernement censé être de droite comme celui de George W. Bush a pratiquement nationalisé le secteur de la finance, envahi un pays sans raison valable et davantage grossi l’État américain que tous les gouvernements avant lui. Ça n’a rien à voir ni avec la liberté, ni avec la tradition.

En fait, à travers les époques, les valeurs de gauche ont parfois été défendues par des gouvernements de droite, et les valeurs de droite par des gouvernements de gauche.

Je préfère utiliser un autre critère plus précis pour définir ma position : lorsqu’on est confronté à un problème, est-ce qu’il faut que le gouvernement intervienne ou qu’il laisse les individus collaborer entre eux pour trouver une solution ? Doit- il, en général, intervenir plus ou intervenir moins ?

Ma réponse est qu’en général, il doit intervenir moins. Et que chaque fois que c’est possible, il doit s’en remettre au libre marché et à l’initiative individuelle au lieu d’imposer de nouvelles règles.

C’est ce principe qui est au cour de la réforme des télécommunications dont j’ai été responsable en tant que ministre de l’Industrie. Dans un décret, nous avons ordonné au CRTC de réglementer le secteur des télécommunications uniquement lorsqu’il peut démontrer que c’est absolument nécessaire pour atteindre un objectif de la loi. Et le reste du temps, de s’en remettre aux mécanismes de marché.

Jusque là, c’était plutôt l’inverse : on imposait automatiquement une nouvelle couche de réglementation, à moins qu’on puisse démontrer hors de tout doute qu’on n’en avait pas besoin.

J’ai du respect et de l’admiration pour des politiciens considérés comme étant à droite, comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, qui ont réussi à diminuer l’intervention de l’État dans certains domaines.

Mais j’en ai aussi pour des politiciens considérés comme étant à gauche, qui ont fait la même chose. Bill Clinton par exemple, qui a radicalement réformé l’aide sociale, réduit les dépenses et éliminé le déficit du gouvernement américain. Ou même des socialistes français comme François Mitterrand, qui a libéralisé le secteur de la télévision et de la radio monopolisé jusque-là par l’État; et Lionel Jospin, qui a été responsable de la privatisation d’Air France, de France Telecom et d’autres pans importants de l’économie française.

Gauche et droite sont des catégories qui créent la confusion. Beaucoup de gens ne savent pas trop, avec raison, ce que ça signifie. Les choses sont beaucoup plus claires lorsqu’on dit qu’on est ou non en faveur de moins d’intervention de l’État et pour davantage de liberté et de responsabilité individuelles.

J’aurai l’occasion de vous reparler plus en détail de ces principes une autre fois.

À très bientôt.

Vous pouvez ajouter un commentaire.

13 commentaires à “De gauche ou de droite?”

  1. Patricia Turcotte dit:

    Monsieur Maxime Bernier,

    Bonjour,

    Jamais cette catégorie de politique de gauche ou de droite ne m’a vraiment attiré, jusqu’au jour où j’ai dû m’informer ce que cette expression signifiait: Se tenir avec des organismes niaiseux de la gauche. »

    J’ai alors bien vu que cela n’était que des mots de chiffons venant d’un polichinelle de chiffons.
    Sauf que là, je suis à lire des livres et notes de cours d’un ancien professeur d’histoire, pour rattraper le retard de mon époque.

    Tout comme vous le dites, je ne m’attarde vraiment pas beaucoup aux expressions de gauche ou de droite; sauf que, je crois qu’à mon avis personnel, l’extrême droite est aussi pire que l’extrême gauche. Y faut quand même prendre pour un parti ou pour un candidat, lorsqu’on s’en va faire notre devoir d’électeurs (trices). Étant Beauceronne insoumise, je vote bien souvent pour la personne avant le parti; sauf exceptionnellement comme aux élections fédérales. Là, je me rends quand même compte que mon cœur et mon gros bon sens penche souvent vers la gauche, ce qui ne veut pas signifier que je vote pour un parti niaiseux; quand même.

    Pour la première fois, je visite votre blog. Félicitations pour ce geste qui signifie beaucoup pour moi, et sûrement pour plusieurs Beaucerons. J’encourage tous les autres à faire de même, et à laisser ainsi place aux gens de s’exprimer librement et simplement.

    Au revoir, Monsieur Maxime Bernier, et je vous envoie mes salutations amicales en tant que citoyenne de Saint-Georges,

    Patricia Turcotte

  2. Matt dit:

    Great post. At one time the terms conservative, liberal and socialist, sadly they have now become so twisted as to lose all relevance.

  3. Jean-Pierre Audet dit:

    Gauche et droite ont eu un sens il y a longtemps.

    Aujourd’hui, au Canada, les partis importants sont tous centristes de gauche ou de droite.

    Nos amis libéraux se servent de ces termes pour démoniser l’adversaire en le qualifiant d’extrême gauche ou, en parlant des Conservateurs, d’extrême droite.

    C’est de la petite politique.

    Merci pour ce blogue.

    jeep

  4. Frédéric Poulin dit:

    C’est certain que la droite économique et la droite religieuse sont deux choses qu’il convient de distinguer. De nos jours, par contre, les partis sont tellement tous au centre-gauche que l’expression est presque devenue inutile.

    J’aimerais quand même avoir un petit topo ultérieurement dans une prochaine de vos chroniques relativement à votre phrase: «est-ce qu’il faut que le gouvernement intervienne ou qu’il laisse les individus collaborer entre eux pour trouver une solution?» Je veux dire: est-ce qu’une «solution» naît chaque fois que le gouvernement abandonne son intervention dans un quelconque domaine? Le terme «collaborer» me parait ici un peu idéaliste; merci de m’éclairer.

  5. Francis dit:

    Les médias ont tellement bien réussi a démoniser la droite au Québec que certains exemple doivent être sité. Je pense a Mr. Legault qui à dit <>. Ou même à des adéquistes qui ont dit que l’ADQ n’était pas un parti de droite, mais un parti pragmatique.

    Je crois que de nos jour il importe de regarder chaque politique et de juger les partis par ce qu’il propose et cesser de se fier a l’image.

  6. Frédéric Poulin dit:

    Bon, c’est encore la faute des médias Francis… Comme je l’ai dit dans un autre commentaire, pourquoi les gens de droite ne deviennent pas journalistes si les journalistes sont tous de méchants go-gauchistes?

  7. Derek Fildebrandt dit:

    I’m working on my French Mr. Bernier, but from what I could understand, great post! I’ve linked you’re video at fildebrandt.ca.

  8. Maxime Bernier dit:

    @ Derek,

    Thank you! If you haven’t noticed, there is also an English version – of this video and everything else on the blog. You only have to click ‘English’ in the box at the very top of each page, on the right side.

  9. Derek Fildebrandt dit:

    I see it now, but I’ll do my best to watch and read in French. I want to learn!

  10. Fuzzybill dit:

    Très cher M.Bernier avec qui je partage plusieurs vues politiques et économiques,

    Je suis plus ou moins d’accord avec vous quand vous citez « Je n’ai jamais aimé ce genre de distinction, qui selon moi ne veut pas dire grand-chose de bien précis. » car en fait la gauche et la droite ont un sens au niveau politique, et ceux qui sont proches des définitions fondamentales de ce qu’est la droite savent exactement ce que ça veut dire.

    Quand vous citez des valeurs telles:
    - limiter l’intervention de l’État
    - favoriser les libertés et les responsabilités individuelles.
    - favoriser l’initiative entrepreneuriale et le libre-marché

    Ce sont des valeurs associées (par définition!) à une certaine droite économique que ça plaise ou non aux gens.

    Je comprends très bien l’incompréhension de l’électeur moyen face aux concepts de « gauche et droite ». Si j’en juge de par les discussion que j’ai avec les gens qui m’entourent: la gauche c’est le bien, les valeurs humaines la solidarité, et la droite l’intolérance, l’argent, mal(!). Comme si la gauche pouvait s’approprier le monopole de l’émotion et de la compassion. Présentement, au Québec, un mouvement de centre-droite économique se dessine, notamment avec l’ADQ, mais aussi via certains médias plus marginaux et parmi une certaine strate de la population. C’est cette même population ici dans la région de Québec qui a fait élire des députés conservateurs à Ottawa et des adéquistes à Québec. Ce centre-droite économique n’a rien à voir avec la droite religieuse américaine.

    Les gens à qui je parle sont tannés des abus des gouvernements, de la taxation trop élevée, du système de santé déficient, mais personne veut s’identifier à la « droite » même si leurs conclusions les amènent vers ces mêmes idées.

    Est-ce qu’on peut penser faire une éducation gauche-droite parmi la population? Je crois que c’est plutôt utopique. Par contre, comme vous dites, discuter avec eux des valeurs sous-jacentes à la droite est effectivement beaucoup plus clair et beaucoup plus près de leurs préoccupations au quotidien que de savoir clairement positionner un parti sur l’échiquier politique.

    De gauche ou de droite, les objectifs à atteindre sont souvent les mêmes(meilleurs soins de santé, amélioration de la qualité de vie, environnement plus sain…), ce sont les moyens pour y parvenir qui sont différents.

    Merci de votre attention et profitez du soleil qui vient de recommencer à se pointer… même si l’automne à Ottawa s’annonce chaud ;)

  11. Dominic dit:

    Intéressante position M. Bernier!Suggestion de lecture pour les gens qui aimeraient creuser le sujet.

    The Left the right and the state Lewellyn H. Rockwell jr Dominic

  12. David Marceau dit:

    M. Bernier,

    Comme la plupart des libertariens au Canada, je suis en faveur d’une diminution de l’interventionisme de l’État.

    Malheureusement, plusieurs d’entre eux, comme moi d’ailleurs, sont décus du manque de politiciens canadiens défendants les idées libertariennes (incluant le PC). Même au sein de votre propre parti, je considère que vous êtes le seul à adopter des telles idées.

    Selon vous, y a t-il quelqu’espoir que ce soit de voir apparaitre au Canada un homme (ou femme)- au sein d’un grand parti – qui fera des idées libertariennes sa priorité? Le phénomène de Ron Paul au Etats-Unis est selon moi le meilleur exemple. Y a t-il espoir de voir un jour un Ron Paul canadien?

    Félicitation pour votre blogue.
    David
    Ottawa

  13. Maxime Bernier dit:

    @ David,

    Le système politique américain, qui est plus éclaté et où la ligne de parti est relativement flexible, permet plus facilement à une personnalité politique comme M. Paul de mettre de l’avant des idées un peu à l’écart des courants dominants et des positions officielles de son parti.

    Dans notre système parlementaire britannique, il faut se soumettre à une discipline plus rigide pour assurer la survie du gouvernement (ou faire un travail d’opposition efficace), ainsi que pour se faire élire, sinon on se retrouve vraisemblablement marginalisé. Cela implique évidemment certaines restrictions.

    Il est peu probable qu’un mouvement comme celui de Ron Paul puisse émerger dans notre système politique, mais ça n’empêche pas de défendre des idées similaires lorsque c’est possible.

    Merci de votre appui.

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