Devrait-on modifier la cible d’inflation de la Banque du Canada ?

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13-novembre-2009 · 11 commentaires  

Bonjour,

Il y a environ deux semaines, le 27 octobre, j’ai posé une question sur le dollar au gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, lors de sa comparution devant le Comité permanent des finances.

Au cours des dernières semaines, M. Carney a affirmé à plusieurs reprises qu’il interviendrait pour contenir le dollar s’il augmente trop par rapport au dollar américain.

Comme vous le verrez dans l’extrait qui suit, il est d’accord avec moi pour dire qu’une monnaie forte entraîne aussi bien des avantages que des désavantages. Mais sa réponse soulève un point intéressant en ce qui a trait à la façon dont la Banque du Canada mène sa politique.

Question: Vous avez dit à plusieurs reprises que vous n’hésiterez pas à intervenir si notre dollar augmente trop par rapport au dollar américain. En lisant vos propos, on a l’impression que la force d’une devise n’a que des conséquences négatives, pour les industries exportatrices et pour la croissance de l’économie à court terme.Mais une monnaie forte bénéficie également aux consommateurs en réduisant les prix des importations ; aux voyageurs qui vont aux États-Unis ; aux entreprises qui importent de la machinerie des États-Unis ; et aux investisseurs canadiens qui investissent à l’étranger.

Une intervention de votre part aurait aussi des conséquences négatives. Ça signifie créer des dollars canadiens pour dévaluer notre monnaie aussi vite que le dollar américain est dévalué par la Fed. Il est généralement reconnu que durant la Grande Dépression, les dévaluations compétitives ont aggravé la crise.

J’aimerais donc vous demandez si vous êtes d’accord qu’il y a des pour et des contre à la hausse de notre dollar et si oui, comment faites-vous pour prendre une décision équilibrée qui tient compte de tout cela ?

Merci.

Réponse: Monsieur Bernier a raison, il y a des conséquences positives et négatives à la vigueur de notre devise. Mais ce qui importe en définitive, c’est l’incidence du taux de change, conjugué à tous les autres facteurs internes et externes, sur la demande globale et l’inflation au Canada. C’est ça qui détermine la politique monétaire de la Banque du Canada.

(NB: Ceci n’est pas une transcription mot pour mot mais une adaptation des notes dont je me suis servi pour ma question et de la réponse de M. Carney.)

Sa réponse est très claire. Ce qui détermine la politique de la Banque du Canada est l’impact du taux de change et de tous les autres facteurs sur la demande globale et sur le taux d’inflation au pays.

Quels que soient les avantages et désavantages d’un dollar fort, M. Carney nous dit essentiellement que ce n’est pas pertinent, et que ça compte uniquement dans la mesure où cela a un effet sur l’inflation des prix.

Vous le savez peut-être, il existe une entente entre la Banque du Canada et le ministre des Finances qui établit une cible d’inflation des prix de 2%. En ce moment, l’indice des prix à la consommation est en dessous de zéro. Pour atteindre sa cible, la Banque doit donc mener une politique monétaire qui aura pour effet d’augmenter le taux d’inflation des prix. L’une des choses qu’elle a faites pour atteindre cet objectif a été de réduire les taux d’intérêt à près de zéro.

C’est aussi pour cette raison que M. Carney n’aime pas voir le dollar canadien trop augmenter par rapport au dollar US. Cela a pour effet de réduire le prix des biens importés et de rendre la vie plus difficile aux exportateurs canadiens. En conséquence, cela diminue encore plus le taux d’inflation des prix, alors que M. Carney souhaite que les prix augmentent plus vite. Voilà pourquoi il se dit prêt à intervenir.

Une intervention de la Banque signifierait qu’on crée des dollars canadiens à partir de rien et qu’on s’en sert pour acheter des dollars américains, ce qui entraînerait une baisse du prix du dollar canadien sur les marchés de change.

Comme je l’ai dit à plusieurs reprises déjà, je ne crois pas que l’inflation monétaire et l’inflation des prix soient quelque chose de positif pour notre économie et pour les consommateurs canadiens. L’inflation est l’équivalent d’une taxe, dans la mesure où cela diminue la valeur de l’argent que nous avons dans nos poches et dans notre compte de banque. Il est vrai que la plupart d’entre nous obtenons des augmentations de salaire qui permettent de compenser cette perte de pouvoir d’achat. Mais ça appauvrit ceux qui ont des revenus qui augmentent moins vite que les prix.

L’inflation monétaire est une façon cachée de redistribuer la richesse de certains groupes vers d’autres groupes de la société. Ça entraîne aussi toutes sortes de distorsions dans les marchés et c’est la cause des périodes de booms et de krach que notre économie continue de traverser.

L’entente sur la cible d’inflation des prix entre la Banque et le ministre des Finances est établie pour cinq ans et doit être renouvelée l’an prochain, en 2011. Je pense que c’est un très bon moment pour tenir un débat sur les conséquences de l’inflation. Devrions-nous réduire la cible à 1% ? Ou si l’inflation est une mauvaise chose, pourquoi pas à 0% ?

Revenez visiter mon blogue pour d’autres détails sur cette question.

Merci d’être à l’écoute et à bientôt.

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11 commentaires à “Devrait-on modifier la cible d’inflation de la Banque du Canada ?”

  1. Luc dit:

    J’ai une autre question à vous proposer: « Devrait-on éliminer la cible d’inflations au Canada? »

  2. Philippe David dit:

    J’ai une meilleure idée que ça. Depuis la création de la Banque du Canada, le dollar canadien a perdu 85% de son pouvoir d’achat. Même si la Banque du Canada fixait sa cible d’inflation à 0%, nous perdons l’augmentation naturelle du pouvoir d’achat qui vient avec l’augmentation de notre productivité. La cible d’inflation n’est en réalité que l’accord entre la banque centrale et le gouvernement sur combien d’argent ils vont soutirer aux contribuables annuellement en inflation.

    Comme il existe déjà un mouvement aux États-Unis qui désir l’abolition de la Réserve Fédéral, je propose aussi qu’on abolisse la Banque du Canada.

  3. Luc dit:

    C’est sûr que ce serait le scénario parfait… Malheureusement, dans notre monde politique actuel, c’est pratiquement infaisable…

  4. David M. dit:

    Bonjour Monsieur Bernier,

    Excellent sujet! Ma question est la suivante: Plusieurs théorie d’économie Autrichiennes suggère que nos outils de mesure pour calculer si nous sommes en inflation ou déflation sont désuets. Selon ces principes, nous combattons une déflation alors que nous sommes en inflation, ce qui aurait créé les bulles que nous connaissons aujourd’hui.

    Que pensez-vous de cela ou bien que suggérez vous? Au plaisir de vous lire bientot.
    David

  5. Maxime Bernier dit:

    @ Luc et Philippe David,

    « Devrait-on éliminer la cible d’inflations au Canada? »

    « Même si la Banque du Canada fixait sa cible d’inflation à 0%, nous perdons l’augmentation naturelle du pouvoir d’achat qui vient avec l’augmentation de notre productivité. »

    Je suis conscient de ce dernier problème, que j’ai évoqué dans un billet récent sur la déflation ( http://www.maximebernier.com/2009/09/deflation2/ ). Il faut toutefois distinguer d’une part ce qu’on peut réalistement accomplir dans le contexte du débat sur la cible d’inflation de la BduC qui doit avoir lieu au cours de la prochaine année, et d’autre part une réforme à plus long terme du système monétaire qui rend le concept de cible d’inflation inutile. Cette réforme à plus long terme n’arrivera pas l’an prochain et on a beaucoup de travail à faire pour simplement mettre le sujet à l’ordre du jour.

    Je réfléchis pour le moment à ces questions et j’en parlerai dans des billets à venir.

    @ David M.,

    « Selon ces principes, nous combattons une déflation alors que nous sommes en inflation, ce qui aurait créé les bulles que nous connaissons aujourd’hui. Que pensez-vous de cela ou bien que suggérez vous? »

    Je suis d’accord avec ce point de vue. Mon conseiller politique lorsque j’étais ministre de l’Industrie, Martin Masse, a écrit un excellent texte sur ce sujet récemment pour un magazine suisse. Voir http://www.leblogueduql.org/2009/11/de-lexub%C3%A9rance-mon%C3%A9taire-aux-cycles-%C3%A9conomiques.html .

  6. Pierre-Olivier Bastien-Dionne dit:

    Au lieu d’avoir une cible d’inflation, la BdC pourrait-être avoir comme mandat de garder la masse monétaire constante? On voit présentement que M1 et M2 augmentent d’année en année. Une masse monétaire stable voudrait aussi dire de la déflation. Ce mandat n’est pas incompatible avec un retour possible à l’étalon-or.

    Le problème que je vois est aussi au niveau du public. Les gens de comprennent pas pour la plupart les bases de l’économie. Ce n’est pas qu’ils soient stupides, seulement ignorants. Les gens, en général, croient que la seule façon de s’enrichir est de gagner davantage d’argent. Bien que c’est le pouvoir d’achat qui ultimement fait foi de la prospérité personnelle, on voit autre chose en parlant à la population. L’inflation a l’avantage de garder ce mythe vivant, les salaires augementent, les gens se croient plus riches malgré une diminution de leur pouvoir d’achat. Si le public comprennait que dans un contexte déflationniste, même une baisse de salaire peut les rendre plus riches, si celui-ci diminue moins vite que L’IPC.

  7. David M. dit:

    Monsieur Bernier,

    Merci pour votre commentaire. Je suis d’ailleurs heureux qu’il y a au moins un député à Ottawa qui lise le quebecois libre. Vous faites ma journée!!

    Continuez votre bon travail,

    David
    Ottawa

  8. JC dit:

    « Right now, the price consumer index in Canada is below 0%. So, to meet its target, the Bank has to carry on a policy that will increase the rate of price inflation. One of the things it has done to achieve this goal was to drive interest rates close to zero. »

    C’est inexact; la banque du Canada utilise le ‘core inflation’ comme objectif dans une gamme de 1% a 3%, pas le ‘top line’ price index. Le Core inflation n’est jamais descendu sous zero.

  9. Philippe David dit:

    @ Maxime Bernier,

    Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Je réalise que la réforme du système monétaire, comme toute réduction du gouvernement est un projet de longue haleine. C’est justement parceque nous tentons d’évaluer les effets à long terme des politiques économiques que nous voyons le problème avec le système actuel alors que bien peu le perçoivent. Néanmoins, j’ai bien peur que nous allons probablement assister à l’éruption de notre propre bulle immobilière bientôt, grâce au crédit facile de la BdC et la sécurisation des hypothèques par la SCHL. Et notre bulle sera proportionnellement pire que celle des américains. Bien sûr, ce sera encore une fois blâmé sur le capitalisme et la dérèglementation.

    Plusieurs d’entre nous faisons de notre mieux pour tenter d’éduquer nos concitoyens et les sensibiliser au problème de notre système monétaire actuel. Je dois avouer que nous aurions grandement besoin de quelqu’un avec la fougue de Ron Paul de ce côté de la frontière.

  10. Maxime Bernier dit:

    @ JC,

    « C’est inexact; la banque du Canada utilise le ‘core inflation’ comme objectif dans une gamme de 1% a 3%, pas le ‘top line’ price index. Le Core inflation n’est jamais descendu sous zero. »

    Selon ma compréhension, c’est un peu plus compliqué que cela. La BdC ne vise pas une cible de 1 à 3% (2% médian) en fonction de l’indice de référence (« core inflation »), mais bien de l’indice global. Toutefois, pour guider sa politique monétaire, elle se sert surtout de l’indice de référence comme indicateur puisque celui-ci fait abstraction des variations passagères des composantes les plus volatiles. La question est de savoir ce qui se passe à moyen et long terme avec ces composantes volatiles. Si leur effet dans un sens ou dans l’autre se maintient, alors il ne s’agit plus d’une variation passagère mais peut-être d’une variation permanente et il faudra ajuster la politique monétaire pour en tenir compte, puisque la cible est définie par rapport à l’indice global.

    Vous avez raison de dire que l’indice de référence n’est jamais descendu sous zéro; par contre, c’est la première fois depuis au moins quinze ans que l’indice global est sous zéro, et ce depuis quatre mois ( http://www.bank-banque-canada.ca/fr/cpi-f.html ).

    Voir cet extrait du site de la BdC pour une explication générale de la cible d’inflation des prix ( http://www.bank-banque-canada.ca/fr/graphs/notes-1-cible-fr.html ):

    « La cible de maîtrise de l’inflation est définie par rapport au taux d’accroissement sur douze mois de l’indice des prix à la consommation (IPC) global. L’IPC global est la meilleure mesure disponible des variations du coût de la vie pour la plupart des ménages canadiens. Bien que la cible soit exprimée en fonction de l’IPC global, la Banque utilise plutôt l’indice de référence (indice des prix à la consommation excluant huit des composantes les plus volatiles de l’IPC ainsi que l’effet des impôts indirects sur les autres composantes) pour guider ses interventions en matière de politique monétaire.

    Les mouvements à court terme de l’IPC global sont imputables dans une large mesure aux variations des prix exclut huit des composantes les plus volatiles de ce dernier, qui ne peuvent être contrecarrées par des mesures de politique monétaire, car les effets de ces dernières s’étalent sur une longue période. Parce qu’il fait abstraction de ces influences passagères, le taux d’accroissement de l’indice de référence est une meilleure mesure de la tendance générale de l’inflation et constitue un guide plus utile pour la conduite de la politique monétaire.

    À condition que les variations des prix des huit des composantes les plus volatiles de ce dernier n’aient que des effets temporaires sur l’inflation, l’IPC global et l’indice de référence afficheront des profils d’évolution similaires à moyen terme. »

  11. Simon L dit:

    La crise actuelle est en partie de la faute des banques centrales. Au nom d’une pseudo peur d’hyper inflation elles deviennent gourmandes en anticipant au lieu de la constater. Entre 2004 et 2007 le taux a augmenté un bonne dizaine de fois sans danger d’inflation.

    La politique de la banque centrale fut très restrictive, bloquant les investissements…

    Il faut prendre en compte l’augmentation du PIB incluant l’inflation pour décider du niveau du taux de base. Donc avec une augmentation de 8%, le taux de base devrait être de 3%, le taux préférentiel sans risque, obligatoire de +2, soit 5%; comme ça possibilité d’investir pour récolter un 3% de richesse.

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