Un débat sur le keynésianisme

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23-février-2012 · 3 commentaires  

keynes_0 Mon article publié dans le National Post la semaine dernière a suscité un éditorial critique de la part de Vincent Brousseau-Pouliot dans La Presse de samedi dernier. Le quotidien a publié hier ma réplique, suivie d’une dernière réponse de la part de M. Brousseau-Pouliot. Ces textes sont reproduits ci-dessous, le mien étant la version que j’ai soumise au quotidien, et non la version légèrement écourtée qui a été publiée.

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La leçon d’économie de Maxime Bernier

Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse
Publié le 18 février 2012

Alors que le gouvernement Harper s’apprêterait à faire d’importantes réductions de dépenses, son ministre Maxime Bernier a pris la plume cette semaine dans le National Post pour réfuter les théories économiques de John Maynard Keynes selon lesquelles l’État doit augmenter ses dépenses pour combattre une récession.

Le ministre Bernier a droit à ses opinions, mais ses généralisations à l’emporte-pièce et ses omissions factuelles sont gênantes pour un ministre assigné à un portefeuille économique (Petites entreprises et Tourisme).

Selon Maxime Bernier, la Grande Dépression a pris fin avec la Deuxième Guerre mondiale et non avec le New Deal. Pour justifier son affirmation, Maxime Bernier s’appuie notamment sur une déclaration de Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor de l’administration Roosevelt, en 1939: «Nous avons dépensé plus d’argent que jamais auparavant et ça n’a pas marché.» Dans son raccourci intellectuel, Maxime Bernier oublie un détail: Henry Morgenthau a finalement convaincu son patron de couper dans les dépenses gouvernementales en 1937 (-17% du budget en deux ans). Avec comme résultat une nouvelle récession en 1937-38 durant laquelle le taux de chômage est passé de 14,3% à 19,0%.

Autre exemple cité par Maxime Bernier dans sa «leçon» d’économie: la prospérité américaine d’après-guerre aurait commencé après que le gouvernement eut réduit ses dépenses des deux tiers entre 1945 et 1948. Bien sûr que la guerre étant terminée, l’État pouvait reprendre sa taille normale dans l’économie! Malheureusement pour la théorie de Maxime Bernier, le budget fédéral américain est simplement revenu en 1948 au même niveau qu’en 1940. Et le ministre Bernier oublie de mentionner que durant ces trois années de compressions budgétaires, le pays a subi une sévère récession (-12% du PIB entre 1945 et 1948).

Finalement, le ministre Bernier se moque des keynésiens en citant l’exemple du Japon, qui a vu sa dette passer de 68% de son PIB en 1990 à 225% actuellement. «S’il fallait en croire les keynésiens, le Japon serait le pays avec la plus importante croissance économique», écrit-il. Le ministre Bernier prend le problème à l’envers. Si le ratio dette/PIB du Japon a tant augmenté, c’est en raison de déséquilibres sur plusieurs marchés (ex: taux de change, immobilier) qui ont entraîné une croissance économique anémique. Les dépenses gouvernementales (en% du PIB) et le fardeau fiscal ont été moins élevés au Japon qu’au Canada à chaque année depuis 1990. Le Japon a un problème d’endettement, mais ça n’a rien à voir avec Keynes puisque le gouvernement japonais dépense moins que celui dont fait partie Maxime Bernier.

Comme plusieurs des détracteurs de Keynes, Maxime Bernier n’a retenu qu’une partie de ses enseignements. Selon le père de l’interventionnisme, l’État doit augmenter son rôle dans certaines circonstances quand l’économie va mal, pour le réduire graduellement quand elle reprend du mieux. Un exemple récent: le Plan d’action économique du gouvernement Harper. Un peu de rigueur intellectuelle, monsieur le ministre!

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Je persiste et signe : le keynésianisme a échoué

Maxime Bernier, ministre d’État à la Petite Entreprise et au Tourisme
La Presse
Publié le 22 février 2012

Dans son éditorial (18 février), Vincent Brousseau-Pouliot s’attaque à ce qu’il considère des généralisations et des omissions factuelles dans mon récent article du National Post sur la théorie économique keynésienne.

Un éditorialiste devrait savoir qu’il est difficile de ne pas généraliser et de ne rien omettre dans un court article. Je plaide donc en partie coupable. Malgré cela, les faits qu’il avance pour me critiquer ne font en réalité que confirmer ce que j’écrivais.

Il est vrai, comme il l’écrit, que l’économie américaine a connu une rechute en 1937-1938 après que le gouvernement Roosevelt eut mis fin à plusieurs années de hausses très rapides des dépenses et procédé à certaines compressions budgétaires. Il a également raison de noter qu’une récession a eu lieu en 1946-1947, lorsque le gouvernement américain a coupé ses dépenses des deux tiers après la fin de la guerre.

La croissance artificielle engendrée par des dépenses étatiques inconsidérées (ou par trop de création monétaire) aboutit toujours à un krach. M. Brousseau-Pouliot ne m’apprend rien à cet égard : cette explication est au cour de la théorie des cycles économiques de Friedrich Hayek et d’autres penseurs de l’École autrichienne d’économie.

Lorsque le gouvernement cesse de gonfler artificiellement l’économie, celle-ci doit en effet se réajuster. Les facteurs de production doivent quitter les secteurs déficitaires pour aller vers les secteurs où il y a une demande réelle et un besoin de nouveaux investissements. Ce réajustement entraîne nécessairement un ralentissement économique temporaire ou une récession.

Cela ne contredit absolument pas mon argument central qui est, comme je l’écrivais dans le National Post, qu’il est impossible d’atteindre une croissance durable avec plus de dépenses publiques et plus de dettes.

L’éditorialiste note que durant la récession de 1937-1938, le taux de chômage est passé de 14,3% à 19,0%. N’est-il pas étonnant qu’après plusieurs années de New Deal et de budgets en forte croissance (croissance qui a d’ailleurs repris à partir de 1938), le chômage se situait toujours au niveau catastrophique de 14%? M. Brousseau-Pouliot omet de nous expliquer pourquoi les politiques keynésiennes de Roosevelt n’ont pas réussi à remettre tous ces Américains au travail.

Il prétend aussi que ce sont des « déséquilibres sur plusieurs marchés » qui expliquent la croissance anémique du Japon depuis vingt ans, et non les plans de relance à répétition du gouvernement japonais. Justement, selon la logique keynésienne, des dépenses publiques massives auraient dû contrer ces déséquilibres et entraîner une croissance économique forte. Ça n’a pas marché. M. Brousseau-Pouliot omet encore une fois de nous dire pourquoi. Après une récession ayant permis à l’économie de se réajuster, la croissance a au contraire été forte et durable aux États-Unis à partir de 1948. Le contraste est frappant avec la situation au Japon.

Parlant d’omission, M. Brousseau-Pouliot n’a rien à dire sur la récession de 1920-1921 que j’évoquais dans mon article, qui a été extrêmement sévère mais de courte durée. La reprise s’est en effet manifestée rapidement et le chômage est passé de 12% à 2% après une réduction de moitié des dépenses du gouvernement américain. Cet exemple historique contredit clairement la logique keynésienne.

Qu’est-ce donc qui est préférable : une récession à court terme suivie d’une croissance forte et durable, ou bien une stagnation qui se poursuit pendant des années?

M. Brousseau-Pouliot, comme tous les partisans de l’interventionnisme étatique, croit que le gouvernement peut « relancer » l’économie en s’appropriant plus de ressources. Je pense au contraire que ce sont les entrepreneurs qui créent la richesse. Et que plus le gouvernement dépense, moins il reste de ressources disponibles pour leur permettre de le faire.

*****

Des excès dévastateurs

Vous me demandez ce qui est préférable? Une hausse temporaire des investissements publics durant une récession pour en amoindrir l’ampleur et les conséquences. Par exemple, durant le New Deal, le taux de chômage a diminué chaque année (de 28,6% en 1932 à 14,3% en 1937). Libre à vous de citer en exemple le modèle économique des années 1920, mais ses excès ont grandement contribué à la Grande Dépression. Une question en terminant: s’il est «impossible d’atteindre une croissance durable avec plus de dépenses publiques et plus de dettes», pourquoi le gouvernement Harper a-t-il haussé la dette fédérale de 457 milliards (29,9% du PIB du pays) en 2007-08 à une prévision de 586 milliards (34,4% du PIB) en 2011-12?

Vincent Brousseau-Pouliot


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3 commentaires à “Un débat sur le keynésianisme”

  1. Neozon Corp dit:

    Vive l’endettement!

  2. Eric Lavoie dit:

    Andrew Coyne du national post a démoli l’argument des dépense gouvernemental du gouvernement Harper, la recession au Canada étais terminer avant la première pelleter de terre du plan de relance, qui étais assez tiède selon le NPD et les libéraux. Et le niveau de deyte s’explique par la baisse de la TPS avec la baisse des revenu due a la récession. Donc ce tarla est fail.
    Et finalement un très bon texte sur le mythe de la récession de 1937: http://mises.org/daily/4039
    Bref dire que ka theorie des autrichien utilisr en 1920 ne tiens pas est ridicule, est-ce que les nathematique des grec de l’antiquité est désuète? Non elle est encore utiliser et enseigner car fondamentale, idem pour les autrichiens, qui honnêtement mette Keynes dans leur petite poche. Keyne = fail

  3. mathieu dufresne dit:

    Bonjour Monsieur Bernier,

    Le Keynésien et lauréat d’un prix nobel Paul Krugman a écrit sur son blogue le 27 Mars 2012:

    « If I decide to cut back on my spending and stash the funds in a bank, which lends them out to someone else, this doesn’t have to represent a net increase in demand. »

    Êtes-vous un keynésien Monsieur Bernier?

    Je vous suggère d’aller lire les articles de Monsieur Krugman sur cette question et la réponse du professeur Steve Keen. (Cela ne nuirait pas de savoir de quoi vous parler lorsque vous donner des leçons d’économie)

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2012/03/27/minksy-and-methodology-wonkish/

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2012/03/27/banking-mysticism/

    http://www.debtdeflation.com/blogs/

    Si possible, cela me rassurerait de savoir que les conservateurs n’ignorent pas ce que Krugman ignore.

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